Révolutionner les soins infirmiers : l’ambition d’un infirmier du Chili devenu entrepreneur en Valais

À 35 ans, Julio Cortés incarne une rare alliance entre humanité, expertise clinique et audace technologique. Né en 1990 à Santiago au Chili, il grandit avec une conviction simple et profonde : il veut aider les gens. Cette vocation le conduit naturellement vers les soins infirmiers, un domaine dans lequel il s’engage avec passion, jusqu’à obtenir un Master en soins infirmiers et de travailler autant dans les soins infirmiers que dans la recherche.
Aujourd’hui installé en Valais, père de deux enfants de 5 et 7 ans, Julio poursuit un rêve qui dépasse sa propre trajectoire : transformer le quotidien du personnel soignant grâce à une technologie pensée par un infirmier, pour les infirmiers et infirmières. Sa start-up, Sof‑IA, porte autant le nom de sa fille que celui d’une vision : une intelligence artificielle au service de la sécurité, du temps humain et de la dignité des patients et patientes.
Un parcours international guidé par l’envie d’aider
Après douze années de pratique infirmière au Chili, Julio multiplie les expériences professionnelles aux États-Unis et en Amérique latine. Il travaille avec des patientes et patients venus du monde entier et se spécialise dans les enjeux interculturels.
C’est à Boston, lors d’un séjour de recherche, qu’il rencontre Carlos Masias, doyen des relations internationales de la Haute école de santé Vaud de la HES‑SO. Impressionné par son travail de master sur les compétences culturelles des étudiantes et étudiants en soins infirmiers, le professeur l’invite à venir en Suisse pour mettre en œuvre son projet en français.
Julio accepte. Il s’installe dans les logements étudiants de la HES-SO… où il rencontre celle qui deviendra sa femme, alors en fin de formation de sage-femme. Lorsque celle-ci trouve un poste à l’Hôpital du Valais, le couple s’établit en Valais. Installé en Valais, il exerce pendant plusieurs années comme infirmier dans une institution socio-sanitaire, où il observe au quotidien les défis auxquels sont confrontés les professionnels des soins au Chili, aux États-Unis ou ailleurs : surcharge administrative, barrières linguistiques, risques d’erreurs dans des environnements complexes.
Le déclic : “J’en ai marre d’attendre, alors je vais le créer moi-même.”
Julio observe un paradoxe : alors que l’intelligence artificielle transforme la finance, le commerce ou l’industrie, les soins infirmiers restent en marge de ces avancées. Pourtant, les besoins sont immenses. Selon une étude récente, les événements indésirables dans les hôpitaux suisses génèrent des coûts supplémentaires moyens de CHF 27’409 par incident. À eux seuls, les événements liés aux médicaments représentent environ 347 millions de francs de coûts hospitaliers chaque année (Giese et al., 2024). Sur le terrain, la réalité quotidienne confirme ces enjeux : les infirmiers et infirmières passent parfois plus de 34 % de temps à documenter et à gérer des tâches administratives qu’auprès des patients et patientes (American Journal of Medicine (2018); GlobeNewswire (2023)). Les barrières linguistiques et la complexité des échanges peuvent également ralentir les interventions et accroître les risques d’erreur.
Un jour, tout bascule. Julio prend en charge un patient germanophone très agité. Il ne comprend pas ce que l’homme tente d’exprimer. Il faut attendre près de 20 minutes pour trouver un collègue qui parle allemand. Puis encore du temps pour préparer le traitement, administrer les soins, rédiger le rapport. Au total : plus de 50 minutes pour une situation qui aurait pu être résolue en quelques instants.
Ce jour-là, Julio se dit qu’il ne peut plus attendre que quelqu’un d’autre crée la solution. Il la créera lui-même.
Sof‑IA : une technologie qui redonne du temps humain
Pour concrétiser son idée, Julio entame des études en informatique de gestion à la HES‑SO Valais‑Wallis, tout en continuant à travailler comme infirmier. Il possède déjà l’expertise clinique ; il lui manque la gestion et la technologie. La filière lui offre une flexibilité précieuse : ses besoins réels de terrain deviennent des cas pratiques pour les cours, et ses collègues étudiants et étudiantes trouvent dans son projet un terrain d’apprentissage concret et motivant.
Sa start-up prend le nom de Sof‑IA, un clin d’œil à sa fille Sofia et à la combinaison software + intelligence artificielle.

Ce que Sof‑IA permettra :
- Traduction instantanée et sécurisée des échanges entre soignant et patient.
- Transcription automatique de tout ce que l’infirmier ou infirmière dit et fait.
- Rédaction du rapport clinique en temps réel, que le professionnel valide ensuite.
- Alerte en cas de risque : allergies, incohérences, erreurs potentielles.
- Aucune charge supplémentaire : l’outil s’appuie sur ce que le soignant dit déjà à voix haute.
Sof‑IA devient ainsi un véritable assistant personnel, conçu pour réduire les erreurs humaines, alléger la charge mentale et redonner du temps pour ce qui compte : la relation humaine.
